Sept millions d’exemplaires, une diffusion dans des dizaines de pays et près de trente ans de présence sur les routes françaises. Le VéloSoleX reste l’un des plus grands succès de l’histoire du cyclomoteur français.
Pourtant, derrière cette incroyable réussite se cache une histoire industrielle beaucoup plus mouvementée. Une histoire qui commence bien avant le premier Solex commercialisé en 1946 et qui se termine par la disparition progressive de sa fabrication française.
Du carburateur au VéloSoleX
L’aventure commence avec Maurice Goudard et Marcel Mennesson, deux ingénieurs issus de l’École centrale. Leur société se fait d’abord connaître dans le domaine des équipements automobiles, notamment grâce aux carburateurs.
Mais dès 1916, Marcel Mennesson s’intéresse à la motorisation légère des bicyclettes et dépose un premier brevet. L’idée restera longtemps sans débouché industriel. Il faudra attendre 1940 pour voir apparaître le prototype qui donnera véritablement naissance au VéloSoleX.
En décembre de cette année-là, un moteur de 38 cm³ est installé sur la roue avant d’un vélo Alcyon. Le principe qui fera la célébrité du Solex est déjà là : un petit moteur deux-temps placé au-dessus de la roue et entraînant directement le pneu par l’intermédiaire d’un galet.
Une conception étonnamment simple… et qui va changer l’histoire du deux-roues populaire.
1942 : les essais grandeur nature
Avant sa commercialisation, près de 700 machines de présérie sont confiées au personnel de l’entreprise afin d’être expérimentées et améliorées. Cette phase d’essais sera déterminante avant le lancement commercial du VéloSoleX au printemps 1946.
Le pari peut sembler étonnant : le Solex n’est ni le plus rapide ni le plus sophistiqué des deux-roues motorisés.
Mais il possède quelque chose de beaucoup plus important : la simplicité.
Économique, facile à utiliser et relativement robuste, il répond parfaitement aux besoins d’une France qui cherche à retrouver mobilité et autonomie après la guerre.
Le génie du Solex : faire simple
Le succès du VéloSoleX repose précisément sur ce qui pourrait apparaître aujourd’hui comme ses défauts.
Son moteur est peu puissant. Sa vitesse reste modeste. Son comportement est particulier avec le moteur placé sur la roue avant.

Mais le Solex n’a jamais été conçu pour battre des records.
Il est conçu pour transporter simplement son utilisateur.
C’est cette philosophie qui va lui permettre de devenir un véritable phénomène populaire. La production atteint des volumes considérables et le VéloSoleX se diffuse bien au-delà des frontières françaises.
Le chiffre est devenu emblématique : environ sept millions d’exemplaires produits.
Le « vélo qui roule tout seul » devient alors un élément familier du paysage français.
Quand le succès devient un piège
C’est ici que l’histoire devient particulièrement intéressante.
Le VéloSoleX connaît un succès extraordinaire, mais le marché du deux-roues évolue. Les attentes des utilisateurs changent, les technologies progressent et la concurrence se renforce.
Le problème n’est donc pas simplement celui d’un produit devenu subitement mauvais.
C’est celui d’une entreprise confrontée à une question industrielle classique : comment faire évoluer un produit dont la force repose précisément sur une formule qui a fait son succès ?
Une erreur stratégique majeure, prise par des dirigeants convaincus de leur choix, aurait contribué à précipiter le déclin de la marque.
La disparition du VéloSoleX ne peut cependant pas être réduite à l’arrivée de la concurrence étrangère. Elle résulte d’une combinaison plus complexe de mutations du marché, de choix industriels et du vieillissement d’un concept qui avait pourtant connu une réussite exceptionnelle.
De Courbevoie à Mâcon : les derniers témoins
Le VéloSoleX a laissé une empreinte industrielle considérable.
L’usine de Courbevoie, où les premiers VéloSoleX sont fabriqués à partir de 1946, devient l’un des hauts lieux de cette aventure. Elle ferme définitivement en 1976.

La production se développe également à Mâcon, où plusieurs générations de Solex sont assemblées. Les chaînes finissent cependant par s’arrêter et les anciennes usines deviennent progressivement les témoins d’une époque industrielle révolue.
Les bâtiments changent de destination ou disparaissent.
Mais quelque chose résiste.

Le Solex n’a jamais vraiment disparu
Aujourd’hui, le VéloSoleX appartient au patrimoine mécanique français.
Dans les garages et ateliers des collectionneurs, les moteurs continuent de ronronner. On restaure les carburateurs, on règle les allumages, on remet en état les galets et l’on recherche les pièces permettant de conserver ces machines dans leur configuration d’origine.
C’est probablement là le paradoxe ultime du VéloSoleX.
L’entreprise qui l’a fabriqué a disparu, mais la machine continue de vivre.
Avec ses millions d’exemplaires produits, son moteur deux-temps caractéristique et son inimitable galet sur la roue avant, le Solex est devenu bien davantage qu’un ancien cyclomoteur.

Il est devenu un symbole de l’ingéniosité industrielle française et de la mobilité populaire de l’après-guerre.
Le Solex Baulois : faire vivre une histoire qui n’est pas terminée
Et cette histoire ne s’arrête pas aux portes des anciennes usines.
Aujourd’hui, des associations et des passionnés contribuent à entretenir la mémoire du VéloSoleX et à faire vivre ces machines sur les routes.
Ici à La Baule, Le Solex Baulois participe pleinement à cette transmission. À travers ses passionnés, ses sorties de petits deux roues vintage et son intérêt pour la mécanique ancienne, l’association contribue à faire revivre ce petit morceau de l’extraordinaire histoire du Solex.
Car préserver un VéloSoleX, ce n’est pas simplement conserver un objet ancien dans un garage ou derrière une vitrine.
C’est entretenir une mécanique, comprendre son fonctionnement, retrouver les gestes des anciens, partager les astuces de restauration et surtout faire rouler la mémoire.
Chaque Solex remis en route raconte ainsi quelque chose de son époque. Il évoque la France de l’après-guerre, les trajets quotidiens vers l’usine ou l’école, les vacances, les premières libertés et cette extraordinaire démocratisation de la mobilité.
Le Solex n’est plus fabriqué comme autrefois. Mais grâce aux collectionneurs, aux restaurateurs et aux associations comme Le Solex Baulois, il continue de rouler.
Et tant que son petit moteur deux-temps continuera de pétarader sur nos routes, cette formidable histoire industrielle française ne sera pas tout à fait terminée.
l’Equipe du Solex Baulois.
Philippe.
Kenavo

